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Portrait: Kpalongo, ou la vie misérable d'une légende de la boxe togolaise


  [7/3/2010]  | Kiosque |mo5-togo.com | Lu :8993 fois | Commenter
 

Connaissez-vous John Codjo Mensan ? Certainement que ce nom ne vous dit rien. Mais si je vous dis Kpalongo. Je crois que vous l’avez trouvé. Et bien John Codjo Messan alias Kpalongo est le boxeur qui a marqué l’histoire de la boxe togolaise dans les années 70-80. Il était champion d’Afrique et vice-champion du monde dans sa catégorie.




 Depuis qu’il a remisé ses gants, il vit dans un dénuement total qui contraste avec les services qu’il a rendus à la nation toute entière. Un reporter du MO5-Togo.com est parti à la rencontre de ce boxeur de légende.

Où est Kpalongo ? En plein 21ème siècle togolais, quand tous les gosses ont un téléphone portable pour rester connecté au monde, le plus grand champion de boxe du Togo, n’a pas ce moyen de communication. Un luxe pour lui. Pour faire son dossier, le reporter a dû faire des allers-retours pour pouvoir débusquer le boxeur, car ce dernier est impossible à joindre chaque fois qu’on ne le trouve pas à la maison.

L’homme et sa carrière



Né vers 1948, Kpalongo (surnom venu de sa gestuelle sur le ring qui s’apparentait à la danse Kpalongo) a passé une bonne partie de son enfance au Ghana. C’est là qu’il a fait ses débuts dans la boxe, dans un club professionnel. La carrière du jeune boxeur togolais était bien lancée au pays de Nkwame N’krumah quand il décida de regagner le bercail pour, dit-il, « faire profiter à son pays ce qu’il a appris à l’étranger ». « A l’époque, poursuit-il, la boxe n’était pas développée au pays et tous ceux qui la pratiquaient étaient des amateurs. J’étais le pionnier de la boxe professionnelle au Togo avant que ne viennent d’autres comme Kpessou, Bossou… »

Sans entraîneur, ni assistant technique, encore moins un embryon de personnel médical, parvenir à se hisser au sommet et s’y maintenir n’est pas du tout aisé. Mais avec courage, discipline et témérité, Kpalongo a réussi à écrire une des plus belles pages de la boxe togolaise en décrochant le titre africain version coq et en perdant le championnat mondial. L’homme garde une certaine amertume de cette défaite aux États-Unis. Selon lui, une machination de son adversaire qui visualisait ses entraînements l’avaient empêché de décrocher un titre mondial.

Malgré ses prouesses internationales, le pugiliste ne bénéficia d’aucune retombée financière. Il partageait sa vie entre son job de docker au port de Lomé et les entraînements. Il raconte: « pour les dirigeants, mon sort ne les préoccupait pas. Ils se contentaient de négocier des combats pour moi et étaient contents de me voir les remporter. Comment je préparais ces combats, ils ne le savaient pas. Figurez-vous que pour livrer le championnat du monde, j'ai quitté la maison pour prendre l’avion sans visite médicale ni autre assistance. Malgré les conditions déplorables, vous ne pouvez pas décliner les sollicitations, sous peine d’être emprisonné car n’oubliez pas que nous étions sous un régime dictatorial à l’époque».


La vache à lait

Dans sa carrière, Kpalongo a livré et gagné de nombreux combats mais il ignore combien lui a rapporté le ring. "Mon premier combat m’a rapporté 8000 F CFA" , dit-il. Alors qu’il se décarcassait dans des conditions difficiles pour gagner les combats, certains managers véreux et responsables sportifs profitaient allégrement des retombées de ces efforts physiques. « La seule fois où j’ai su combien j’ai effectivement gagné après un combat, hormis les 8000 F dont je viens de parler, c’était lors du championnat du monde qui m’avait rapporté 2 millions 300 mille F CFA. Après avoir apuré les dettes consenties pour le combat, il me restait 1 million et quelques poussières. C’est avec cette somme que j’ai pu construire cette maison», dit-il la voix amère. Cette maison « togba » (ndlr : lagune) comme lui-même aime l’appeler est son seul sujet de satisfaction malgré tout. Il se souvient que lors du 10e anniversaire de l’accession au pouvoir du Général Eyadema, il avait remporté le combat organisé à l’occasion. Mais comme par malheur, la somme qui accompagnait le trophée a été divisée en dix avant de lui être remis par le responsable qui est aujourd’hui un des hauts cadres du sport continental. Ayant appris la magouille, il a approché ce dernier mais pour toute réponse celui-ci lui avoua «que l’histoire là est déjà vieille ». Plusieurs autres managers ont aussi profité de l’illettrisme du boxeur pour se faire des santés financières, le laissant dans la galère. Il n’avait qu’un vieux vélo pour moyen de déplacement pour se rendre chaque matin à son service au port alors que les managers étaient mieux lotis.


Le dénuement

La soixantaine passée, les cheveux grisonnants, démarche titubante, Kpalogo vit sa retraite dans un des quartiers de la banlieue de Lomé, dans le dénuement total. Il n’a pour souvenir de « ces temps glorieux » que quelques médailles et trophées remportées qui sont aussi usés par le temps, faute d’une bonne conservation. La maison qui est aujourd’hui son sujet de satisfaction de sa longue carrière est inondée à chaque saison pluvieuse, raison pour laquelle il l’a baptisée « togba » (la lagune).

A l’intérieur de son salon, des fauteuils et une table. Le sort que réservent nos autorités aux sportifs n’encouragent pas les jeunes à s’engager dans le noble art « car des fois quand je passe, j’entends les parents qui déconseillent à leur progéniture de s'adonner à la boxe, leur donnant comme exemple de voir mon cas avant de s’y engager », raconte-t-il. «Malgré cela, je demande aux parents de ne pas décourager les enfants car à chacun sa chance », conseille-t-il.

Le boxeur vit aujourd’hui avec des regrets. « Je suis le premier boxeur togolais qui a combattu dans la catégorie mondiale. Si les anciens dirigeants ne m’ont rien fait, les nouveaux ne peuvent-ils pas faire quelque chose pour moi ou bien attendent-ils, peut être, que je meurs pour recouvrir mon cercueil des couleurs nationales », se demande-t-il la voix nouée. Une retraite si peu glorieuse devrait inciter les autorités togolaises à mettre en place au moins un programme de reconnaissance pour services rendus à la nation aux grands sportifs et autres artistes togolais. Le Cameroun, par exemple le fait, qui a sorti un certain Roger Milla de la misère de sa retraite en le nommant ambassadeur culturel pour le Cameroun !
Source : mo5-togo.com


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