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Au delà des accusations de soutien au terrorisme que semble privilégier George W. Bush dans ses attaques contre Saddam Hussein, les observateurs ne peuvent s’empêcher de poser la question de la volonté de contrôle américain de l’une des plus grandes réserves de pétrole du monde.
Le président américain n’a de cesse de répéter que l’Irak est dangereux en raison de sa possession d’armes chimiques et peut-être nucléaires. Copieusement aidé par Tony Blair, le premier ministre britannique, George W. Bush tente de rallier les membres du Conseil de sécurité de l’ONU à sa cause. Il souhaite en effet que les Nations Unies adoptent une résolution musclée, qui lui permettrait d’intervenir militairement en cas de non-respect de celle-ci par Bagdad.
R. James Woolsey, ancien directeur de la CIA, n’a pas caché sa vision du conflit en déclarant dès septembre dernier au Washington Post que « La France et la Russie ont des compagnies pétrolières installées en Irak. Ils ont donc des intérêts dans ce pays. Il faut leur expliquer que si elles favorisent un changement de régime en Irak, nous ferons de notre mieux pour leur garantir qu’un nouveau gouvernement et les compagnies américaines travailleront étroitement avec elles».
Les compagnies pétrolières américaines Bannies du pays de Saddam Hussein, les compagnies pétrolières américaines lorgnent donc avec insistance du côté de Bagdad et la théorie d’un conflit dont l’enjeu serait le pétrole est séduisante en raison de sa simplicité brutale. 11% de la production mondiale sort actuellement de l’Irak, sans compter les 112 milliards de barils de pétrole de réserve que contiennent les sous-sols du pays, ce qui place l’Irak au 2e rang mondial, juste derrière l’Arabie Saoudite.
La situation économique des grandes pétrolières américaines n’est pas rose. Il suffisait de lire rapidement les nouvelles financières du Wall Street Journal le 1er novembre dernier pour s’en convaincre. Les trois plus grosses compagnies mondiales Exxon Mobil Corp, Royal Dutch/Shell et ChevronTexaco publiaient leurs résultats financiers pour le 3e trimestre 2002. Exxon Mobil annonçait une baisse de bénéfices de 17% (à 2,64 milliards de dollars), Shell également (à 2,24 milliards) mais c’est Chevron Texaco qui a été le plus durement touché avec une annonce de pertes de 904 millions de dollars. Parallèlement, les craintes d’une invasion de l’Irak faisaient remonter le cours du baril à 27,40 US$. Rien d’étonnant à ce que des rencontres discrètes aient commencé entre des représentants de compagnies pétrolières et des leaders de l’opposition iranienne en exil mais aucun accord n’a été signé formellement. Faisal Qaragholi, ingénieur pétrolier et dirigeant à Londres d’une branche du Congrès National Irakien a indiqué que «nos politiques pétrolières devront être décidées par un gouvernement en Irak élu par le peuple.» Puissante monnaie d’échange pour un changement de régime. Ahmed Chalabi, chef du Congrès National Irakien a pour sa part clairement signifié sa préférence pour la création d’un consortium américain qui exploiterait les forages pétroliers. Et des représentants du Département d’État américain doivent rencontrer Chalabi début décembre pour discuter de l’avenir pétrolier du pays.
Russie, France et Chine Pour tenter de faire passer une résolution l’autorisant à attaquer l’Irak, George W. Bush se doit de convaincre les trois autres (les États-Unis et le Royaume-Uni en font partie) membres permanents du Conseil de sécurité des Nations-Unies soit la Chine, la Fédération de Russie et la France. Et les tractations diplomatiques des dernières semaines semblent avoir porté fruit.
Probablement pour positionner stratégiquement son pays, Alexi Vasselev, du ministère des relations étrangères russe a aussi soulevé la question de savoir si les intentions américaines en Irak pouvaient être dissociées de raisons économiques liées au pétrole. Le 16 octobre dernier, lors d’une entrevue au Hindu, un quotidien publié à New Delhi, Vasselev déclarait «L’ironie de la situation est que ce sont les États-Unis qui ont fourni des armes chimiques à l’Irak pour qu’il les utilise lors de la guerre contre l’Iran ». Il ajoutait «De plus en plus de personnes pensent que les actions des États-Unis sont motivées par leur désir de contrôler les réserves de pétrole irakiennes ». Mais les intentions russes sont loin d’être claires. Une augmentation du prix du baril favorise la Russie. Par contre, l’Irak lui doit encore entre 7 et 10 milliards de dollars pour la fourniture d’armes lors du conflit contre l’Iran et Lukoil, la plus grande compagnie pétrolière russe, a signé il y a cinq ans une entente de 23 ans pour l’exploitation des gisements pétrolifères du sud irakien.
Et ni la France, qui a pourtant établi de solides relations avec Bagdad, ni la Russie ne semblent plus vraiment déterminées à empêcher Washington d’obtenir un feu vert de la communauté internationale pour attaquer l’Irak si les conditions de désarmement fixées par les américain n’étaient pas respectées.
Parallèlement, quand on sait que les États-Unis consomment à eux seuls plus du quart de la production totale de pétrole et que les besoins de la Chine augmentent en raison de sa position de manufacturier numéro un mondial; la rencontre le 26 octobre dernier entre George W. Bush et Jiang Zemin, son homologue chinois, prend un tout nouvel éclairage. De fait, les analystes prédisent une abstention chinoise lors du vote décisif de l’ONU d’une nouvelle résolution américaine.
La réponse officielle américaine Ce n’est un secret pour personne que le gouvernement américain prépare activement l’«après Saddam Hussein». Depuis son discours à la nation du 11 septembre 2002, le président américain ne cache pas son intention de le remplacer par un gouvernement plus sensible à ses visées politiques et économiques. Mais Ari Fleischer, porte-parole de la Maison Blanche, dément toute volonté américaine de s’emparer du pétrole irakien. Dans une entrevue au New York Times il explique: «Le seul intérêt des États-Unis dans la région est d’assurer la paix et la stabilité, pas la production pétrolière». Philip K. Verleger Jr, conseiller du Conseil sur les relations étrangères renchérit en indiquant qu’une tentative de contrôle du pétrole irakien serait «un pari économique de proportions énormes». En effet, les différents experts chiffrent à cinq milliards de dollars sur trois ans le coût de la reconstruction du pays, dévasté par 20 ans de guerre, et la remise en opération de tous les forages abandonnés depuis la guerre contre l’Iran.
Mais les intentions américaines, réelles ou supposées, soulèvent néanmoins des réactions. L’Arabie Saoudite considère que les États-Unis veulent faire de l’Irak leur station-service particulière. La France a été obligée de nier catégoriquement l’information diffusée par le quotidien saoudien Asharq al-Awsat que Paris et Bagdad négociaient un éventuel changement de régime pacifique au profit de Qussay Hussein, le fils du dirigeant irakien. Aux États-Unis, des analyses de la situation commencent faire surface. L’Atlanta Journal-Constitution s’interroge sur les visées impérialistes américaines en Irak et cite le rapport Stratégie nationale de sécurité : «Les États-Unis auront besoin de bases militaires en Europe de l’Ouest, en Asie du Nord-Est et au-delà ainsi que d’accès temporaires pour le déploiement de troupes». Des voix s’élèvent aussi pour dénoncer l’attitude du président américain qui souhaite que ce qui soit bon pour son pays le devienne pour la planète.
Jouant la carte d'une politique extérieure musclée à 24 heures des élections au Congrès, il semble que le gouvernement américain s'apprête à soumettre à l'ONU son projet de résolution.
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