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Depuis mars-avril 2003, l’impérialisme américain et ses supplétifs anglais renversent par la force des armes le gouvernement irakien, occupent le pays et organisent systématiquement une traque contre Saddam Hussein et la résistance irakienne. Ceci s’est soldé par l’arrestation et le procès de Saddam Hussein ce 19 octobre 2005. De cette situation dramatique pour le peuple irakien qui souffre de cette occupation américaine, le moins qu’on puisse dire est que certains togolais aveuglés par des années de dictature du tyran Eyadema approuvent honteusement l’occupation américaine et invitent les impérialistes (américain surtout) à rééditer la même chose au Togo.
Au Togo, nous savions que c’est un vieux rêve de l’opposition dite démocratique de faire appel à une force étrangère pour soi disant libérer le Togo. Ainsi, après le décès du tyran Eyadema en février dernier, les tenants de l’opposition ont applaudi Obasanjo, quand ce dernier se vantait d’intervenir chez nous pour rétablir la constitution néocoloniale ! Cette intervention de Obasanjo soutenue par l’opposition dite démocratique n’a été que du pipeau pour démobiliser le peuple togolais en effervescence et ainsi imposer des élections bidons afin de rétablir l’ordre néocolonial dans le pays.
C’est pourquoi, nous fustigeons les positions réclamant une intervention militaire étrangère dans notre pays pour renverser le clan au pouvoir (….). Dans notre situation, au Togo, les démocrates ont pour tâche d’aider le peuple à se départir de toutes illusions sur une quelconque puissance étrangère qui peut nous octroyer la liberté et la démocratie. Comme nous l’avions déjà souligné dans d’autres déclarations: «Le peuple togolais seul peut et doit faire face à la dictature jusqu’à la vaincre. -Evidemment, avec le soutien des autres peuples opprimés de la sous région et du monde.- L’histoire et l’expérience des peuples du monde montrent que la démocratie dans un pays est avant tout l’œuvre du peuple de ce pays, que celle-ci ne saurait en aucune manière être garantie par des baïonnettes et canons étrangers.». En bref, en acceptant l’intervention militaire étrangère, l’opposition dite démocratique n’a fait que confirmer sa nature apatride, étrangère à toute dignité nationale, à toute idée de souveraineté nationale.
Aujourd’hui, il est clair que l’invasion de l’Irak par l’armée US est illégitime et injuste. C’est une invasion d’un Etat souverain par des trusts américains pour s’accaparer des richesses de ce pays. La démarche de Bush et de son administration n’à rien avoir avec l’instauration de la démocratie en Irak et au Moyen Orient voire en Haïti…
Afin d’approfondir la question irakienne pour éclairer nos compatriotes qui n’ont aucune source que celle véhiculée par les médias impérialistes (RFI, CNN, BCC, Voix d’Amérique etc.), nous publions une série d’interviews de Mohammed Hassan, panafricaniste et spécialiste du Moyen Orient.
Pourquoi les USA en voulaient-ils tellement à Saddam Hussein ? *
Question: George Bush prétend que l'arrestation de Saddam Hussein libère l'Irak de son tyran. D'autres affirment que Saddam Hussein n'a été qu'un pion des Américains jusqu'à la première guerre du Golfe en 1991.
Mohammed Hassan : Si vous voulez comprendre l'histoire de Saddam Hussein et de la haine des Etats-Unis à son égard, il faut le comparer à Nasser, le président égyptien dans les années 50 et 60. Quand Nasser a nationalisé le canal stratégique de Suez en 1956 (reliant la Méditerranée à l'Océan indien), il a été comparé, comme Saddam Hussein plus tard, à Hitler. Nasser était accusé de réprimer les islamistes des Frères Musulmans. D'affamer les paysans égyptiens par la construction du barrage hydro-électrique d'Assouan. De menacer de jeter Israël à la mer. L'Egypte a du affronter deux guerres: en 1956 contre Israël, la France et la Grande-Bretagne. Puis en 1967 contre Israël, soutenu par les Etats-Unis. Pour l'impérialisme, le principal crime de Nasser était sa volonté d'unir le monde arabe dans un ensemble économique et politique capable d'être réellement indépendant des Etats-Unis et de l'Europe.
Question: Mais peut-on vraiment comparer avec Saddam Hussein?
Mohammed Hassan : Saddam Hussein a été fortement influencé par Nasser. Quand la révolution en Irak éclate en 1958, elle chasse le roi et les 10% de propriétaires fonciers qui contrôlent le pays sous un régime féodal pro-britannique. D'ailleurs, Ahmed Chalabi, actuel dirigeant irakien pro-US, proche de Rumsfeld et Bush, est justement le fils de la famille irakienne la plus riche de l'époque, qui veut récupérer ses biens aujourd'hui. 1972 est le tournant réel pour l'Irak, avec la nationalisation du pétrole: les compagnies pétrolières britanniques sont expropriées. Le pays connaît alors un développement industriel sans précédent. Mais aussi social. L'Etat a été dirigé par une grande bourgeoisie nationaliste, mais qui a construit des écoles et des universités. L'UNICEF a reconnu que l'Irak a pratiquement éradiqué l'analphabétisme et poussé la scolarisation à un des taux les plus élevés du Moyen-Orient (87% des jeunes de 12 à 17 ans allaient à l'école avant 1991). L'Irak a investi dans l'agriculture, l'électrification et la santé. L'Irak soutient aussi la Syrie, en 1967 et 1973, contre les guerres israéliennes.
Question: Mais les Américains n'ont-ils quand même pas raison de pointer le manque de démocratie?
Mohammed Hassan : Alors ils auraient dû commencer en tout premier lieu avec les gouvernements féodaux du Golfe, d'Arabie saoudite, du Koweït, du Bahreïn ou d'Oman. Si on parle de dictature, d'absence de constitution, d'absences de droits pour les minorités et pour les femmes, c'est là qu'il fallait chercher. Quant à l'Irak, il y avait certainement des problèmes de démocratie, c'était très loin d'être un modèle politique idéal. Mais c'est aux Irakiens, et à eux seuls, de juger leurs dirigeants et leur histoire, sans aucune interférence étrangère. Le colonialisme US ne peut certainement pas résoudre ce problème. Supposez que l'Irak soit super-riche et superpuissant au niveau militaire. Trouveriez-vous normal qu'il aille renverser le gouvernement US et arrête Bush et Rumsfeld, sous prétexte qu'il y a plus de deux millions de personnes dans les prisons américaines (un quart du nombre total au monde) ? Que les minorités noires et latinos sont discriminées ? Qu'il y a plus de 40 millions de personnes sous le seuil de pauvreté ?
Question: Et que répondez-vous à ceux qui affirment que Saddam Hussein a été un pion des Américains, notamment lors de la guerre contre l'Iran entre 1980 et 1988 ?
Mohammed Hassan : Qu'il faut regarder les faits. Saviez-vous que l'Irak n'a eu aucune relation diplomatique avec les USA entre 1958 et 1984 ? Que le Shah, dictateur iranien pro-US avant 1979, a soutenu et financé activement sur ordre de Washington le groupe kurde de Barzani en Irak pour affaiblir l'Irak de Saddam Hussein?
La prise de pouvoir des islamistes et de Khomeiny en Iran en 1979 a changé la donne. Anti-américain, le régime iranien développait une idéologie religieuse d'expansion sans frontières. Il avait des ambitions régionales envers l'Irak. Avec la guerre, il espérait tourner les chiites irakiens contre le parti Baath. L'Irak voulait défendre l'Etat nationaliste arabe. La guerre a éclaté entre les deux pays ce qui fut une grave erreur. Les Etats-Unis ont tout fait pour affaiblir les deux camps. Ils ont financé les deux camps: l'Irak mais aussi l'Iran via le fameux Irangate et Oliver North. Le résultat économique principal est que les régimes arabes pro-US ont pu profiter de la situation pour baisser les prix. Et entraîner ainsi l'Irak, l'Iran, mais aussi l'Union soviétique dans une grave crise financière. Exsangue par cette guerre, mais renforcé militairement, Saddam Hussein a lancé en 1989, à la Ligue arabe, la nécessité d'une union économique arabe. Dès ce moment, il a été l'homme à abattre pour les Américains.
* Source de l’interview de Mohammed Hassan: www.solidaire.org Bruxelles, le 20 octobre 2005 Le Front des Organisations Démocratiques Togolaises en Exil
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