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Le Togo, cet absurdistan à démocratiser

Togo - Opinions
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Pendant une dizaine d’années, Faure Gnassingbé a eu un acharnement paisible à tromper ses compatriotes sur ses réelles intentions : ne pas procéder aux réformes démocratiques dans les délais raisonnables assignés par les circonstances particulières entourant des textes à haute valeur constitutionnelle. Sauf que le Togo n’a plus le temps d’attendre. Les Togolais ne sont plus d’humeur à toujours paraître comme les derniers de la classe démocratie : encadrés de l’extérieur par des pays démocratiques, harcelés de l’intérieur par des dirigeants qui veulent que leur opinion se transforme en Constitution.

Aujourd’hui, il y a un branle le bas tardif dans le camp Faure Gnassingbé. Le temps n’y est plus suspendu, et la panique y guette les uns et les autres. C’est connu : « celui qui ne fait rien est bien prêt de mal faire ». Et ne rien faire dix années durant, c’est véritablement mal faire, c’est-à-dire mal servir son Peuple. Le Togo ne peut pas se contenter d’être un perpétuel malchanceux, amoureux des accidents de parcours, et incapable de mettre en œuvre une politique consciente de démocratie, le plus souvent même, passant de désordres en catastrophes pour aboutir aux déceptions et aux répressions. Un tel abonnement aux mésaventures et aux déconvenues ne peut constituer la destinée de toute une Nation.

Il est donc triste de constater que le discours et les actes politiques qui fondent le Togo sont restés figés, pratiquement, et par faute de résultats probants tout le long des cinquante dernières années. Depuis janvier 1963, à cause d’une certaine idée rudimentaire de la politique, le Togo a davantage baigné dans l’indécence, la revanche, l’indolence et la méfiance, recommençant sans fin les mêmes conversations et les mêmes dialogues, sans jamais aboutir à des résultats autres que de fréquentes tromperies. Durant une si longue période, les nombreuses griffes, à chaque fois administrées de manière brusque, cavalière et arrogante à la démocratie, sont effectuées par les mêmes personnes : un pouvoir présidentiel de père en fils devenu un « piège sans fin », littéralement, une absurdité républicaine qui ne veut nullement entendre raison et se convertir au respect des citoyens et de leur soif de réformes politiques, d’élections crédibles et de démocratie authentique.

Sans avoir dûment respecté un seul de tous les accords conclus –même celui convenu avec le parti de l’allié de circonstance qu’est Gilchrist Olympio, il est avant tout surprenant que personne dans le camp présidentiel, n’ait trouvé rien à redire à ce reniement perpétuel de la parole donnée par un gouvernant, et pas n’importe lequel, un président de la République. Bien au contraire, les uns et les autres s’activent drôlement à ressusciter des réseaux ténébreux, des attitudes loufoques ainsi que des pratiques de « soutiens », de « motions », de « marches » et d’embrigadements forcés qui pourront influencer, travestir et justifier la gratification de Faure Gnassingbé d’un autre mandat supplémentaire de cinq ans. Un autre mandat pour quoi faire et espérer de plus? Nul ne nous le dit!

La fin du déshonneur : dix années d’applaudissement sur les joues des citoyens togolais
Et voilà que de partout, nous, Togolaises et Togolais, ne demandons rien de moins que la démocratie intégrale. Et voilà, puisque deux mandats présidentiels consécutifs sont passés, nous ne voulons rien de moins que l’alternance pour clore cette lutte obstinée d’un côté et silencieuse de l’autre. Une lutte invraisemblable où le bourreau lui-même, jamais satisfait, finit par se plaindre de ses victimes innocentes : « comment voulez-vous que je vous guillotine si vous ne vous tenez pas mieux que ça? Si vous ne restez pas moins agité et plus tranquille cinq autres années! ».

Justement, le Peuple togolais ne veut plus aller à l’échafaud pour un autre rituel sacrificiel qui relève d’une gestion naïvement taciturne et péremptoire à la fois; cinq autres années qui n’auront de raison d’être que l’indignité, l’insensibilité et l’insulte suprême à toute une Nation. Déjà, dix années durant, sans aucune délicatesse ni élégance, toute une clique s’est relayée en s’auto-congratulant et en s’applaudissant sur les joues des Togolais, espérant que leur rêve devienne réalité, persuadée même que leur simple opinion se transforme en conviction et si possible en Constitution. Dix années durant, et pour ne pas devoir identifier les cinquante ans derniers, sans aucune retenue ni gêne, l’habitude de la répression s’est installée, s’est développée, s’est enracinée au point d’accaparer des pans entiers du budget de l’État au détriment de tous les autres secteurs.

Le Togo ne peut continuer à être cet Absurdistan africain à cause d’une complaisance perpétuelle vis-à-vis d’une même flopée ne comptant que sur la répression plutôt que sur la raison et le respect de la parole politique donnée à plusieurs occasions. Héritier d’une tradition familiale, Faure Gnassingbé se contenterait difficilement d’un seul et autre mandat supplémentaire pour assouvir son avidité. Et, de toutes les façons, deux mandats présidentiels dans un système père-fils quinquagénaire, c’est largement suffisant!

Pour autant, tous les tenants de l’alternance le disent clairement et le répètent : l’alternance n’est nullement dirigée contre Faure Gnassingbé personnellement. C’est une alternance de grande valeur démocratique; une alternance ferme, mais une alternance dans laquelle de nombreux citoyens et regroupements seront encore les premiers à défendre et à œuvrer pour la paix sociale, la justice et le Grand Pardon. C’est d’ailleurs pour cette nouvelle étape dont le Togo a cruellement besoin que l’alternance doit se faire. Et c’est seulement en réalisant concrètement l’alternance que celle-ci se nuance et se transforme d’elle-même pour ne pas pécher contre la mesure et la méthode, toutes les deux indispensables à la réconciliation des Togolaises et des Togolais.

L’entrée en scène de Faure Gnassingbé est restée une conquête sans gloire électorale
Le constat et ainsi clair que Faure Gnassingbé est une parfaite illusion politique à laquelle le Togo ne peut s’accrocher autrement qu’en le remerciant, ici et maintenant. Au Togo, Faure Gnassingbé a fait autant du bon que du mauvais; mais force est de constater qu’il a fait mieux le mauvais que le bon en se détournant de son devoir inaliénable de réconciliation pour se concentrer sur une stratégie de confiscation du pouvoir, totalement incompatible avec l’histoire politique du Togo, la sienne propre et même les aspirations légitimes des Peuples africains aujourd’hui. Et, de toutes les façons, deux mandats présidentiels dans un système père-fils quinquagénaire, c’est largement suffisant!

Au Togo, à ce pays, chacun doit pourtant un peu plus de considération. L’entrée en scène de Faure Gnassingbé ces dix dernières années qui aurait pu être une apothéose de la réconciliation togolaise tant attendue se révèle être une excursion chimérique, une désillusion, incapable de sortir des sentiers de ce passé qui, naturellement, l’a fait aboutir aux mêmes fréquentations et aux mêmes habitudes que son père Gnassingbé Eyadema. Et alors, « autant en apporte le ventre », festina lente : « parce que nous avons tout le temps pour la démocratie, festinons lentement, jouissons calmement » se disaient-ils hier encore et en chœur autour de Faure Gnassingbé. Toute une déception collective!

C’est aussi connu que tous ces gens se disant collaborateurs, n’osent plus s’asseoir devant Faure Gnassingbé pour lui parler, lui répondre, le conseiller de quitter le pouvoir en respectant le désir suprême du Peuple qu’il a conquis sans aucune gloire électorale par ailleurs; lui dire en quoi ce choix de renonciation est meilleur à toute autre option. Pour tous ces obligés de Faure Gnassingbé, ne jamais oser s’asseoir et prendre le temps, rester debout les bras toujours croisés devant est devenu leur façon d’être à plat ventre. Mais une fois les talons tournés, ils se décrètent tous importants. Personnalités restées importantes et inutiles, denses et vides, tragiques et comiques, pour n’avoir jamais su convaincre par leur propre devoir professionnel aux côtés du chef de l’État togolais : cette nécessité de comprendre le Togo, d’être à l’écoute du pays et de le traduire avec persuasion à Faure Gnassingbé qui n’avait d’yeux que pour sa longévité présidentielle.

Véritablement, le Togo n’a pas le temps, et les Togolais n’ont plus le temps de paraître comme le dernier de la classe démocratie. Toutes leurs attentes ayant été systématiquement perverties par de si malins génies, il faudra bien un jour mettre fin à ce déshonneur permanent; mettre fin à tant d’années de confiscation du pouvoir républicain, engager le pays sur la voie de la démocratie respectable, même en faisant des pas d’apprenti sur cet inévitable chemin. Entendez-vous au moins le bruit de ces statuts que les peuples déboulonnent? C’est bien le même glas qui résonne de partout au Togo également : l’alternance ou rien.

4 décembre 2014

L'AUTEUR
Pierre S. Adjété
Québec, Canada






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