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Pertinence, vérités et erreurs sur les symboles de l’indépendance : Lettre ouverte à Mgr Philippe Fanoko Kpodzro, évêque émérite de Lomé

Togo - Politique
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Excellence,

Dans le respect et le partage, le peuple togolais prête une grande oreille à l’œuvre de paix et de démocratie à laquelle vous consacrez votre vie pastorale pour élever, dans une contribution hautement citoyenne, notre République.

Nous voudrions vous réitérer notre reconnaissance pour votre esprit de service, votre sens du devoir et votre exemplarité en faveur du vivre-ensemble. Vos actes de solidarité pour la construction d’une société plus juste et plus humaine au travers des actes de la Conférence Nationale Souveraine jusqu’à ce jour intègrent la mémoire historique de notre peuple, mais également la dynamique de notre évolution démocratique, sociale, éthique et la recherche de la concorde civile.

Votre notoriété est dans la représentation mentale de nos concitoyens. Ils applaudissent dans leurs cœurs votre trajectoire humaine, pacifiste et votre opiniâtreté à servir la vérité. Avec la force de votre spiritualité et la puissance de votre voix limpide, vous avez laissé dans la conscience nationale cette phrase emblématique lors de la Conférence Nationale Souveraine qui nous instruit de sagesse, de modération, de loyauté : « La violence n’ajoute rien à l’expérience de vérité ».

Nous y percevons aussi le socle de votre personnalité, les orientations qui sont les vôtres dans votre mission pastorale et citoyenne.

A l’occasion de la commémoration des cinquante-six ans d’indépendance du Togo jonchés d’abominations, de cruautés continues et de tragédies sans nom, votre inspiration se moule à nouveau dans une fermeté éthique avec des idées pieuses pour toutes les victimes du carnage qui s’étend sur la République. Vous avez courageusement pris l’engagement d’ouvrir des perspectives à la conscience nationale pour recréer la vie à l’intérieur de notre cité, dans un rituel éthico-morale normalisé pour exorciser les répliques barbares qui pervertissent le psychisme de la gouvernance autant que l’âme de la République. Vous avez à cœur de refonder l’esprit citoyen débarrassé d’une inclination pour les férocités qui ont enseveli notre dignité d’homme, la fierté nationale, l’appétit de vivre dans une communauté que nous voulons solidaire et à visage humain.

Dans notre auto-exclusion de la marche du monde et de la Civilisation de l’Universel, vos inquiétudes sont énormes. C’est pourquoi vous avez pris l’engagement de distiller un souffle de vie nouvelle au travers de deux axes correctifs de proposition sur les fondements symboliques de notre indépendance : le Monument de l’Indépendance et l’Hymne national. Des adversités mortelles seraient flambées dans le vase de libation que porte la statue de la femme lorsque nous y mettons du feu. La perversion dans le devoir de mémoire est une auto-flagellation, une auto-destruction. Nous devons réhabiliter le Monument de l’Indépendance dans toutes ses structures et ses symboliques.

En outre, il s’agit d’extraire de l’hymne national le bout de phrase qui semble être une célébration de la mort, alors qu’il importe davantage de célébrer la vie, l’espérance. D’où : « Vainquons ou mourrons, mais dans la dignité » trouverait un substitut de la vraie espérance dans « Vainquons et vivons, mais dans la dignité ».

Ces correctifs de suggestion arment l’opinion nationale et mettent en éveil notre jugement.

Sur la forme, l’interpellation à la base du peuple togolais est une approche qualitative sur l’histoire qui nous rassemble. Vous nous montrez que les questions essentielles qui concernent la vie de la Nation ne sauraient être confinées dans un isoloir de débat qui exclurait la grande majorité des citoyens. Vous mettez le peuple devant sa propre responsabilité à choisir ce qui est bon pour lui-même. Les grands desseins des peuples se projettent dans le débat national et dans l’architecture argumentative qui aboutit aux conclusions de consensus. A l’heure où la question de décentralisation se pose à la collectivité nationale, habillement et adroitement, vous nous remettez dans le bon ton du débat inclusif. L’autoritarisme, la mauvaise conscience et l’ « aveuglement intellectuel » entretiennent l’amertume, le chagrin et la révolte sous toutes ses formes corrosives qui inhibent la solidarité nationale, le sentiment d’appartenance à la communauté. Nous sommes reconnaissants et fiers de l’exemplarité démocratique que vous initiez à la base. « Le grand point de l’éducation, c’est de prêcher d’exemple » disait Jacques TURGOT dans sa Correspondance. Peut-être, le bon esprit semé va-t-il féconder une approche inclusive sur la verticalité de la décentralisation, dans ses exigences de débat.

Sur le fond, l’explication fournie dans l’interprétation de la structure du Monument de l’indépendance nous convainc. Elle éclaire la mémoire historique si ignorée et si travestie. Vous remettez la République dans sa conscience de responsabilité, d’équité, de justice. Les valeurs sont les vrais ressorts des peuples pour rebondir. Toutes les civilisations périclitent lorsqu’elles piétinent leurs propres repères, leurs sources d’élévation, les fondements symboliques de leur constitution. Notre assentiment sur l’historicité détaillée du Monument de l’Indépendance coïncide avec le vôtre et fait l’avis général sur le rituel de la flamme de l’indépendance qui ne peut être allumée dans le pot de libation que porte la femme. Un dispositif mobile pour contenir la flamme de l’indépendance pour une nuit, trois jours ou douze jours serait l’option la plus vraisemblable, la plus sensée. La lutte pour l’indépendance s’est, à proprement parler, étalée sur douze ans. Il est possible d’envisager, comme dans l’organisation des jeux olympiques, tenir sur douze jours, dans un dispositif occasionnel, la flamme de l’indépendance.

Nous voudrions saluer la pertinence et le bon sens de vos observations sur le rituel de la commémoration de l’indépendance qui est carrément à l’envers des constituants spirituels, éthiques, historiques, psychologiques, moraux et culturels de la lutte et du Monument qui l’incarne dans son dénouement.

Quant à votre proposition des retouches sur un bout de phrase de notre hymne national, nos dissonances et nos réserves font treize à la douzaine. Nous comprenons parfaitement le sens de votre démarche, mais nous ne l’approuvons guère pour plusieurs raisons :

1)Vous avez peut-être exagéré dans le principe de précaution pour faire cesser l’effusion de sang qui inonde cette terre qui nous a vus naître. Vous voulez à tout prix préserver la vie et les mobiles émotifs qui vous déterminent perturbent quelque peu l’objectivité très saillante qui affleure bien souvent de votre esprit lucide. Mais l’homme peut-il échapper en toutes circonstances à l’irrationnel ?

La réponse est en partie fournie par Corneille dans Le Cid : « Quelque grands que soient les rois, ils sont ce que nous sommes ». Ils peuvent se tromper comme nous.

2) La liberté, nous insistons, n’est pas une pièce de musée. Une fois qu’elle est conquise, on ne peut s’en extasier dans une contemplation béate pour la célébrer tel un trophée référentiel à caresser pour garder en mémoire une bravoure à laquelle viendraient se délecter des générations futures qui n’auraient qu’à applaudir leurs devanciers. Elle est un combat perpétuel.

3) Qu’advient-il quand la liberté acquise est confisquée par une minorité ? Les arguments pacifistes condamnent les peuples à l’esclavage, parce que la liberté ne se donne nulle part. Les bourreaux locaux qui confisquent la libération d’un peuple et qui l’exploitent par des actes libertins de pirate contraignent la population à la légitime défense, à la résistance ferme. Le peuple togolais est en situation au sens sartrien du terme. Dans son engagement au combat, il a besoin des ressorts psychologiques, historiques, qui sont égrenés dans toutes les lignes de notre hymne national. Les précédents historiques sont de vrais repères pour les peuples. L’hymne national en regorge qui vivifient le combat perpétuel.

4) La conscience assumée de l’engagement au combat est cathédrale dans les termes de référence : « Vainquons ou mourons mais dans la dignité » Comment est-il possible de cacher au combattant de la liberté la possibilité du sacrifice suprême attachée à son engagement ? Toutes les nations sont bâties sur les cadavres des justes qui ont refusé la servitude. Il n’y a visiblement aucune apologie de la violence ou de la mort dans le chant de fierté national qui nous unit face à l’adversité et au combat. Nous ne pouvons pas, pour des considérations pacifistes ignorer le droit à la légitime-défense. Ni Mahatma GANDHI, ni Martin Luther KING qui ont largement fait l’expérience du pacifisme et de la non-violence ne sont arrivés à des extrémités d’apathie en toutes circonstances. Dans Cette nuit la liberté écrit par un collège de journalistes et d’historiens pour rapporter les déclarations de GANDHI, on trouve : « Là où il y a le choix qu’entre lâcheté et violence, je conseillerai violence»

5) « Vaincre et vivre, mais dans la dignité » occulte la disposition citoyenne de don de soi pour que vive la Nation. Il y a une hypocrisie inconsciente à vouloir cacher au combattant la noblesse de la mort au combat. L’âpreté du combat de libération comporte le volet de la mort. Cette réalité est dissimulée dans votre suggestion. La proposition rectificative enlève au Togolais l’orgueil le plus fin de ne pas s’accepter perdre la noblesse du combat de libération.

6) Les mythes fondateurs des cités et les archétypes élèvent les peuples. Les peuples ont besoin de principes d’identité, de modèles mythiques aux heures troublantes de leur histoire. Ceux qui ont traversé des montagnes, des vallées, des fleuves et des torrents pour fonder des cités sont des héros, des références sur lesquelles s’appuient les générations suivantes pour réaliser leur bond, leur transcendance dans le déroulement de la vie des collectivités. L’engagement solidaire et diachronique avec les modèles participe d’un aiguillon psychologique de puissance et de rassemblement. Mourir au combat pour libérer un peuple intègre des archétypes dont les populations ont besoin pour donner un sens au don de soi, au sacrifice suprême inhérents au combat de dignité. Quand la lutte est digne et légitime, l’idée de la mort n’est plus terrifiante pour qui sait qu’il vit sur un volcan qui l’asservit, l’humilie et le brûle vif dans un cynisme froid.

7) L’épopée des anciens, les sacrifices dont ils ont été étonnamment capables tissent un cordon d’orientation pour les vivants aux heures graves du déroulement de leur situation vitale. Il y a une inhibition de la créativité, de la puissance incisive à trop considérer la mort comme un drame absolu dans le combat de libération. Nous n’avons pas le droit de prêcher sous quelque prétexte que ce soit la peur au combat. La peur est le levain de la médiocrité dans l’engagement de transcendance. N’oublions jamais la pièce historique gravée sur le Monument de l’Indépendance dont l’essence est sonore dans les vers chantés de notre libération : « Peuple togolais, par ta foi, tes sacrifices, la Nation est née ».

Nous n’avons aucun intérêt à déchausser d’un enchevêtrement mémoriel, historique, événementiel, psychosociologique nos leviers collectifs sacrés qui fermentent nos orientations face à l’adversité. Seule la médiocrité ne s’imite pas pour qui veut aller loin.

8)Les termes du diagnostic de nos échecs sur la voie des conquêtes démocratiques ne s’évaluent nullement en vies humaines perdues, massacrées. Ce sont nos peurs, nos trahisons, nos appétits de vivre qui nous condamnent à l’asservissement continu, à nous cantonner dans un asile de fatalité qui nous expose directement à un suicide collectif, à une mort insidieuse, honteuse et bête qui renforce la puissance des bourreaux. Ils sont tranquilles dans leur audace du crime, parce que nous nous affaiblissons à l’idée qu’ils nous tuent. La peur de mourir face au despote est un jeu sordide de la mort qui donne à l’a assassin la chance de triompher. La dégradation sécuritaire que la peur de mourir au combat engendre est bien plus grave pour nos populations que l’écheveau des victimes et les colonnes de tombes qu’alignent les cruautés gratuites de la dynastie des GNASSINGBE. Les Togolais meurent dans le désastre de la spoliation, de la déréliction dans nos villes, dans nos contrées proches et lointaines sous ce régime de razzia et d’effraction qui accapare toutes les richesses nationales comme le Président lui-même nous l’approuve dans son lapsus costaud et révélateur sur les prouesses à rebours de son règne.

S’il vous plaît, Mgr, ne répandez pas des hosties noires d’une théologie de la libération sur la République avec un paravent pacifiste débridé qui couperait à ce peuple martyr le dernier souffle de sa résistance, de sa légitime défense. L’heure est au réveil plantureux, fédératif pour un sursaut des forces combattantes et de toute l’armée populaire de réserve pour obtenir les droits des collectivités locales, la décentralisation à l’ancre de la volonté de la communauté nationale ainsi que les réformes institutionnelles, constitutionnelles et électorales.

Vous avez certainement apporté des contributions décisives dans la lettre de la Conférence des Évêques du Togo (CET) pour activer la responsabilité de tous nos concitoyens, de l’Opposition et surtout du pouvoir, pour le dénouement d’une crise aux rallonges de souffrance et d’hécatombe. Nous nous félicitons chaleureusement ainsi que toute l’autorité morale de la Conférence des Évêques.

Mais votre ancienneté, votre notoriété et votre voix stridente qui franchissent aisément les frontières pour ce que vous fûtes aux heures chaudes de la Conférence Nationale Souveraine peuvent être davantage incisives dans la condamnation de la férocité de ceux qui écrasent avec leurs chars nos frères de Mango, qui assassinent des élèves à Dapaong, qui profanent nos Eglises, qui bombardent nos écoliers dans leurs salles de classe avec des gaz lacrymogènes, qui brûlent les femmes dans leurs maisons, dans leurs cuisines, qui vivent de la délinquance et de la criminalité…

Même si nous n’approuvons pas particulièrement un aspect de vos propositions sur les symboles de notre souveraineté nationale, votre grandeur intellectuelle, morale, humaine et pastorale élève le débat sur la mémoire de notre pays et son avenir pendant que nos professeurs d’amphithéâtre et intellectuels sont outrageusement absents sur le chapitre de la question nationale.

Gratitudes infinies.

Que Dieu Tout puissant vous bénisse !

Didier Amah DOSSAVI (publié dans L’ALTERNATIVE)


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