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Et voilà pourquoi la dictature prospère au Togo

Togo - Opinions
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par Ambroise TEKO

Je suis sidéré de voir que devant l’arbitraire qui frappe un de nos concitoyens, il n’y ait eu aucune réaction sérieuse pour condamner vigoureusement ce qui relève du fait du prince.

En effet, M. François Akila-Esso Boko a décidé de rentrer au Togo après 14 ans d’exil forcé, suite à sa décision prise en 2005 de ne pas cautionner le pogrome qui se préparait lors des élections devant désigner le successeur d’Etienne Gnassingbé Eyadéma, l’autocrate qui a dirigé le Togo de 1967 à 2005. Les autorités françaises cédant aux pressions des satrapes de Lomé ont empêché l’embarquement de M. François Boko le jeudi 28 mars 2019 sur le vol de la compagnie Air France-KLM. Elles ont vite fait le choix de se coucher devant une dictature et de protéger leurs intérêts plutôt que de défendre le droit d’un être humain bafoué.

Empêcher un citoyen de rentrer en homme libre dans son propre pays est une grave atteinte aux droits de l’homme et du citoyen. Et cela devrait suffire pour provoquer de l’indignation, de la condamnation et de la réprobation unanime. Que pensez-vous que fît l’opposition togolaise ? Pas grand-chose. Certes, il y a eu un papier de M. Samari Tchadjobo questionnant les zones d’ombre de cette impossibilité du retour de M. François Boko. Sans plus. Mais M. Tchadjobo n’est pas un leader de parti politique.

À titre personnel, je ne connais pas M. Boko. Je ne l’ai jamais rencontré. Je sais simplement, comme mes compatriotes, qu’il a été ministre du Général Etienne Gnassingbé Eyadéma, occupant le portefeuille de l’intérieur. Il faut le dire d’emblée sans lui faire injure qu’il fait partie de ceux qui, à l’instar d’Edouard Kodjo en passant par Gabriel Messan Agbéyomé, ont contribué à asseoir la dictature d’Eyadéma. Car, à un moment donné, dans leur trajectoire, ils ont été les thuriféraires d’un régime de coercition qui a brimé, violenté, assassiné des milliers de Togolais et détruit l’avenir de toute une génération. C’est un fait !

Cela étant, et comme le disait Saint Augustin, « l’erreur est humaine ; mais persister dans l’erreur par arrogance, c’est diabolique » . Sénèque, Cicéron avant lui, avait exprimé la même pensée. C’est une maxime que je partage. Car si l’erreur peut être une occasion de regretter ses choix passés, de dire de manière sincère qu’on s’était fourvoyé et de retrouver son chemin de Damas de la démocratie, cela ne peut que produire des fruits pour le bien commun. Et c’est pourquoi je sais gré à M. François Akila-Esso Boko d’avoir claqué la porte lorsqu’il eut connaissance de ce que le système tyrannique préparait pour installer Faure Gnassingbé dans le fauteuil de son père. Être au courant d’un massacre en préparation et ne pas le dénoncer est un délit. M. Boko a pris ses responsabilités en révélant au grand jour ce qui était en préparation en 2005. C’est tout à son honneur. Il est des situations dans lesquelles il est louable d’abandonner un poste ministériel plutôt que de vendre son âme au diable. Sans être un héros, il a eu, à ce moment-là, le courage de poser un acte politique fort en refusant de cautionner le bain de sang en préparation. C’était au péril de sa vie. Et certains, dans le clan Gnassingbé, jusqu’aujourd’hui, ne le lui pardonne pas.

Comme citoyen, défenseur des droits humains et pourfendeur de toutes les formes d’injustice, je suis plus qu’indigné que les autorités togolaises, au plus haut sommet de l’État, interdisent à un autre citoyen, qui n’a commis aucun crime, de monter dans un avion devant le ramener sur la terre de ses parents. En vertu de quel droit ?

Il est stupéfiant, atterrant, accablant que face à un régime aussi liberticide que cynique, aussi violent que prédateur, les gouvernants puissent faire régner l’arbitraire sans que cela ne suscite ni révolte, ni colère, ni indignation. Sans que cela ne fasse sortir les intellectuels togolais de leur silence ! Sans qu’il n’y ait le début du commencement de quelque chose qui dérange les consciences. Voilà où se niche l’une des causes de notre malheur, de notre servilité volontaire, de notre masochisme indécrottable, de notre célébration du vide et le contentement que nous semblons tirer des responsables politiques que nous avons. Il y a là quelque chose qui relève des consciences anesthésiées par plus de cinquante ans de dictature. Je veux, ici, hurler, encore hurler pour déchirer le voile du silence des intellectuels togolais.

En ne nous soulevant pas contre l’arbitraire, nous donnons toute latitude à l’arbitraire de nous tricoter un pouvoir coercitif. Et il ne faut pas s’étonner que cela dure depuis plus de cinquante ans et que le Togo et les Togolais constituent une vraie anomalie aux yeux de beaucoup d’Africains. Voilà pourquoi, en ne condamnant pas avec force le sort qui est fait à M. Boko en ce moment, nous offrons à ce régime d’un autre temps, à Lomé, un blanc-seing pour nous embastiller.

De la même façon, il est inadmissible, insupportable que des responsables politiques du Parti national panafricain de Tikpi Atchadam soient persécutés, arrêtés et jetés en prison pour avoir organisé une manifestation pour dénoncer ce régime odieux et vouloir changer ce système immonde et corrompu.

Face à une entreprise visant délibérément à saper la mobilisation du peuple togolais et à restreindre les libertés publiques, il revient à chaque citoyen de se lever, de refuser l’inacceptable, de ne pas céder à la loi de la jungle et de se donner les moyens de résister à la machine de la coercition, pour que vienne la liberté.

Unissons-nous pour dire que nous n’acceptons pas ce régime d’un autre âge. Organisons-nous pour que cela change. Et toi, compatriote togolais, que dis-tu ? Que veux-tu ?
Ambroise TEKO

L'AUTEUR
Ambroise TEKO
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