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Le Candidat à la Présidentielle de 2020 Dr GNAGNON parle de ses perspectives et de son parcours dans un livre

Togo - Politique
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Dr Jean Emmanuel GNAGNON, candidat à l'élection présidentielle de 2020 au Togo, raconte, dans un livre intitulé ‘’demain sera meilleur’’, son parcours (entre apprentissage et idéal), son analyse du Togo de la longue nuit, ses perspectives pour le Togo du nouveau jour.

La Rédaction de Plume Libre et de Referencetv.tg vous propose de lire un extrait de ce livre inédit de l’un des plus jeunes candidat au scrutin présidentiel de 2020 au Togo.

Extrait du livre ...

‘’Car nous sommes des étrangers devant Vous, et des voyageurs, comme tous nos pères.’’ 1 Chroniques 29 : 15



Les années d’études : un long chemin vers la liberté

Le début de la marche…

Les années 90 marqueront à jamais le peuple togolais … Elles s’ouvrirent sur l’ère des luttes pour l’avènement de la démocratie !

Elles marqueront peut-être plus ma famille, mes parents, mon frère cadet et moi. C’est paradoxalement un repère pour moi dans mes méditations sur la libération des peuples… Mais aussi sur le lien entre l’éducation et la liberté !

En septembre 1988, j’ai été inscrit au Cours Élémentaire Première Année (CP1) à l’École Primaire Publique d’Anfamé. J’avais alors à peine six ans. C’est aussi le cas de plusieurs enfants de ma génération. Nous devrions nous engager sur le long et harassant chemin de l’instruction, cette forme de clé qui nous permettra plus tard d’ouvrir les portes de la promotion sociale.

Il est important que les dirigeants, que nous sommes appelés aujourd’hui à être, puissent garder précisément à l’esprit l’importance du lien nécessaire entre l’éducation, l’instruction et la liberté. Tout ou tout au moins la capacité à disposer de soi-même ou de son propre destin passe obligatoirement par notre acceptation de nous initier à la lumière de l’instruction qui a pour vocation de conférer un pouvoir d’exister et d’agir à l’être humain. Il n’y a en effet pas de doute que pour construire une nation forte et prospère, l’on puisse mettre l’éducation et tous ses corollaires sur la liste des priorités politiques.

Je ne peux jamais oublier les conditions souvent difficiles dans lesquelles, mon frère et moi, nous étions obligés de faire nos études.

Je me souviens que mon père avait loué une chambre dans une maison vers Ahadji-Kpota. C’était à presque trente minutes de marche du lieu où se situe encore l’école. Toutes ces dernières années, je suis repassé dans ce quartier qui semble resté le même, ainsi que l’école elle aussi, près de 30 ans après.

En fait, les quartiers Anfamé, Ahadji-Kpota, Akodessewa, Attiégou, Adakpamé, etc., ont gardé presque les mêmes visages sur les trois dernières décennies… Ces quartiers m’ont vu naître et grandir… Ils n’ont pas tellement changé après toute une génération !

Aujourd’hui encore, je suis frappé d’une grande tristesse, chaque fois que je repasse par ces endroits. Aucun plan de construction montrant un quelconque engagement de la part de l’État ! Des quartiers laissés pour compte, obligeant les populations à se débrouiller. Ce n’est donc pas surprenant de voir l’état de délabrement qui caractérise ces quartiers de Lomé, fortement populeux et symptomatiques des conséquences désastreuses de la démission coupable des gouvernements successifs encastrés dans le monolithisme du régime en place depuis plusieurs décennies.

Le logement est et reste un problème crucial dans les sociétés togolaises, surtout dans les milieux urbains. Et pour être clair, l’État semble n’avoir malheureusement jamais pensé à garantir un logement digne aux populations !

J’ai vécu ce qu’a vécu et continue de vivre l’immense majorité des enfants du Togo au cours de leurs études, des situations de vie commune avec les parents dans des conditions intolérables, dans une petite pièce aux commodités rébarbatives, dans des maisons remplies de colocataires dont certains n’étaient pas toujours une source de sécurité pour les autres.

Je ne suis jamais parvenu à oublier un de ces jours où l’huissier qui devait passer pour collecter les frais de loyer eut une longue discussion avec mon père … Il était question de frais de loyer impayés. Le monsieur nous obligea pendant au moins trois heures de rester dehors sans pouvoir aller chercher nos effets pour faire la toilette et aller à l’école. Il insista pour retirer les clés des mains de mon père et exigea que la somme lui soit versée avant que nous ne puissions réintégrer la chambre. Je vécus cette scène avec beaucoup d’amertume et je sais que beaucoup de familles togolaises ont connu un tel drame, et que plusieurs sont en train de subir actuellement le même sort tandis que certaines sont pratiquement des sans-abri. Même si on ne saurait venir totalement à bout d’un tel drame social, on aurait pu au moins montrer la volonté à travers un certain nombre d’actions qui auraient pu donner une lueur d’espoir aux familles.

Aucun autre choix ne nous était possible de toute façon. Je commençai donc l’école primaire et eus aussi le temps de faire parfois l’école buissonnière. En effet, l’école était bien une fascination et un mystère, lorsque nous voyions d’abord les aînés partir les matins à la file indienne et revenir les midis avant de repartir l’après-midi. Ma mère témoigne encore aujourd’hui que j’étais souvent inconsolable quand les élèves de la maison, où nous vivions, s’affairaient pour l’école.

Et lorsque vint le jour de mon inscription, c’était une grande joie… Je me souviens encore nettement de ce jour-là, un jour de septembre 1988, ma mère me traîna par la main et nous arrivâmes dans l’enceinte de l’établissement scolaire. Je n’avais pas encore exactement les six ans révolus comme il était requis alors. J’étais à presque mois de cela… Selon le témoignage de ma mère, le directeur ne voulait pas me recevoir et proposait de revenir l’année suivante. Sur ce, j’éclatai en sanglots et criai au monsieur : « Maître, moi-même je désirais venir à l’école depuis ! ». Le directeur, surpris, se rendit compte que l’enfant qui était en face de lui pouvait s’exprimer assez clairement. C’était sur ces entrefaites que je fus reçu.

Mais très vite, le petit enfant que j’étais déchanta devant les nouvelles exigences qu’impose l’instruction.

Je faisais alors quelquefois l’école buissonnière jusqu’au jour où l’information, de fil en aiguille, tomba dans les oreilles de ma mère. Ce fut pour moi un désastre ! Le jour suivant, ma mère en personne m’accompagna à l’école avec des coups de bâton dans le derrière… Désormais, j’étais l’élève qu’il fallait surveiller de très près, et dont on devait interdire les sorties intempestives. Je pris alors conscience de l’enjeu de l’école et me résolus fermement à me mettre au travail. Je réalisai alors que je n’avais plus d’autres choix que d’être assidu à l’école. C’était ainsi le début d’un long et difficile parcours…

Le 05 octobre 1990, nous étions à l’école, quand des gaillards firent subitement irruption au grand dam de tous et commencèrent par déloger les élèves. J’étais en ce moment-là en classe de CE1. La débandade était réelle : nous courrions dans tous les sens. C’était des cris d’affolement de tous côtés et des pleurs fusaient de partout. Je me faufilai entre les gens devenus fous, à la recherche de mon frère cadet qui faisait alors le CP1. Je le cherchai sans succès pendant un bon bout de temps avant de m’éclater en sanglots. « Oh, je vais devenir seul ! », m’écriai-je. Je n’ai que ce seul frère… Nous sommes deux pour les parents.

Ce jour-là, je compris déjà ce que peut être la douleur quand on perd un être cher presque soudainement et gratuitement dans des troubles socio-politiques. Il est vrai que je n’y appréhendais pas grand-chose en ce moment-là, mais je pouvais réaliser la présence du danger, de l’angoisse, de l’absence et surtout de l’incapacité à agir pour obliger les choses à être autrement.

Je mesure avec une grande sympathie la peine et la tristesse de tous ceux qui perdent des enfants, des frères ou des sœurs, des maris ou des épouses, bref des parents dans les manifestations qui sont violemment réprimées, ou encore ces derniers qui trouvent la mort dans des circonstances créées par les actes de vandalisme. Ce n’est une envie, ce me semble évident, pour personne de s’adonner volontiers à de telles situations de grandes incertitudes… Car nul n’est dans ces cas à l’abri du danger ! Le malheur peut frapper aveuglément ici ou ailleurs…Enfant, je tentais déjà de comprendre la portée de la tragédie humaine !

Des pneus étaient brûlés à tous les carrefours et on pouvait entendre les toits en tôle craquer aux jets de pierres. C’était la première fois que j’assistais à un tel tohu bohu… Je ne trouvai toujours pas mon petit-frère et, pour moi, c’était mauvais présage. Je continuai tout de même à crier son prénom et à pleurer comme un forcené. Je voyais des parents venir chercher leurs enfants, soit sur des motos, soit dans des voitures, et même au dos. Sans avoir une idée claire de ce qui se passait, je pouvais du moins constater que les choses n’étaient plus à leurs places, que rien n’était plus normal… La désolation semblait s’emparer de tous !

Beaucoup de peuples sont passés par des soulèvements populaires pour en découdre avec les systèmes dictatoriaux et antipopulaires. Les exemples sont légion !

J’appris bien plus tard que c’était ce jour-là que notre peuple a manifesté, au plus haut niveau de son désir de liberté, son mécontentement et sa volonté inextinguible de rompre avec le règne tyrannique.

Quand je rencontrai, près de vingt ans plus tard, Hilaire Logo Dossouvi, une des figure de proue du 05 octobre 1990, je compris mieux que la liberté appartient aux audacieux et que seuls les courageux sont faits pour oser.

Peut-être avais-je déjà en moi dès l’enfance la force qui affermit les audacieux et la puissance qui ragaillardit les courageux.

De toute façon, en ce jour-là d’octobre 1990, je ne pouvais faire aucune preuve de courage ni de d’audace. C’était plutôt la peur, l’angoisse et la désolation. L’adage dit vrai : la liberté a un prix !

Je continuai finalement et désespérément ma recherche en m’engageant dans la direction vers la maison. On transportait en toute urgence un élève dont la tenue était éclaboussée de sang vers un dispensaire situé non loin de l’école : je n’ai pu savoir jusqu’à aujourd’hui comment il a pu être blessé à la tête. C’est vrai que je verrais plus grave des années plus tard même d’autres étaient carrément tués à balles réelles, mais je reste inconsolable devant un tel épisode de mes souvenirs d’enfance.

Je puis comprendre à présent, que la longue marche de notre nation vers la liberté encore à conquérir est jonchée de profondes douleurs et de peines immenses. Mais devons-nous continuer indéfiniment à nous battre contre nous-mêmes ? Notre salut commun viendra certainement de l’acceptation de tous de vivre ensemble et de savoir que l’ennemi réel n’est pas endogène.

Comment un enfant peut-il comprendre le fait que les frères et sœurs d’une même nation se battent jusqu’à ouvrir une porte béante à l’animosité, la haine et la discorde au point où ils soient quasiment irréconciliables ?

Il faut dire que je ne suis pas resté indifférent devant cette situation où j’ai eu le même sentiment que ceux qui perdent les êtres chers au nom des luttes politiques.

Il est vrai que je retrouvai plus tard mon frère cadet qui avait pu courageusement pris la route de la maison après m’avoir aussi vainement cherché, mais la seule peur et l’idée de l’avoir peut-être perdu m’ont marqué pour toujours.

Je vécus tous ces moments de grande insécurité avec beaucoup de sensibilité au point que je me souviens encore dans les moindres détails de cet épisode macabre de l’histoire de notre pays, marquant la douloureuse et calamiteuse époque de la grève illimitée qui permit à beaucoup d’enfants de ma génération, nés dans la capitale, de faire l’expérience de la vie dans les zones rurales.

Après le sombre avènement de la grève illimitée, beaucoup familles regagnèrent Lomé, une ville devenue plus que jamais fantomatique et délabrée. Le drame était vaste et la désolation presque générale ! Des gens ont perdu des biens inestimables et la renaissance de l’espoir était un processus plus lent et très incertain.

Quant à ma famille, mes parents sont revenus à Lomé divisés. C’était la séparation… le divorce. Il s’agit d’une autre dure réalité à laquelle je dus faire face, avec courage et obstination. La vie n’a jamais été une ligne sainement droite comme chacun l’aurait naïvement souhaité. Dieu a toujours eu un plan qui prime sur nos desiderata. Il organise les événements de telle sorte que l’enchaînement des circonstances s’appréhende mieux à partir d’une optique plus globale et extérieure. J’ai dû voir mes parents désunis et devenus presque irréconciliables… Mon frère et moi étions condamnés à vivre désormais avec notre père et à nous prendre en charge. Je devins obligé de prendre des responsabilités énormes à si bas âge.

Je ne puis dire aujourd’hui à qui d’entre les deux parents incomber la faute. Il est plutôt certain que ces durs moments ont contribué à éveiller en moi le sens de la responsabilité et l’esprit de leadership. Je devais alors prendre soin de mon frère cadet qui faisait alors la classe de CE1. C’était une expérience à la fois douloureuse et extraordinaire ! J’acquis dès ce temps-là des capacités d’organisation, de planification, de prévisions, d’analyse et surtout de prise de décisions. J’étais devenu celui qui était la maitresse de maison et qui s’occupait de tout pour que tout soit dans l’ordre. Cela n’est pas fait sans peine, car j’ai eu aussi le temps de pleurer quelquefois dans le calme et le silence, quand je voyais les amis qui semblaient plus choyés que nous…

L’histoire des grands hommes, comme le disent beaucoup de personnes, montre à bien des égards que la vie prend le temps de les former dans le secret, durement peut-être même âprement, jusqu’à maturation avant de les propulser devant les événements.

Du CEG de Bè-Kpota au lycée de Lomé-Port : des années de grande prise de conscience

Après le CEPD, j’entrai au Collège d’Enseignement Général de Bè-Kpota. C’était pour nous comme un nouveau monde avec d’autres réalités que j’ai pris du temps pour analyser et comprendre bien plus tard. Je me rappelle la fameuse salle de 6e C dans laquelle nous étions plus de cent élèves entassés comme dans un four et dans des conditions insoutenables. Mais nous y trouvions en ce moment-là un moyen de nous amuser dans une sorte d’insouciance. Très peu pouvaient sortir véritablement du lot et c’était justement le cas. Il n’était pas évident que la réussite des élèves soit garantie dans de telles conditions qui ne pouvaient en aucun cas faciliter une transmission efficace du savoir.

Il faut absolument saluer le courage de nos enseignants qui devaient stoïquement prendre en charge de tels effectifs pléthoriques et braver la monotonie et l’ « ingratitude » du métier d’enseignant… pour donner le meilleur d’eux-mêmes comme de dignes patriotes. Je me suis souvent surpris de remarquer que de tels combattants ne sont guère honorés de voir certains parmi eux qui soient décorés en signe de reconnaissance par l’État. Je pense que c’est vraiment injuste d’occulter les efforts de tous les citoyens, mais il me semble encore plus injuste que la témérité, le dévouement et le sacrifice de ces hommes et femmes puissent être tout simplement ignorés ou méconnus. Je garde en mémoire leur noble rôle dans l’édification des citoyennes et des citoyens capables que nous sommes aujourd’hui.

Il n’était pas évident, au prime abord, que nous puissions acquérir de bonnes aptitudes dans les conditions-là qui sont d’ailleurs actuellement les mêmes aujourd’hui, où les besoins individuels des élèves ne sont jamais pris en charge ; ce qui noie malheureusement le talent de beaucoup et leur impose des limitations factuelles. Nombreux étaient les camarades qui s’étaient vu convaincre qu’ils étaient médiocres alors que leurs situations étaient juste dues, pour la grande partie, aux contingences défavorables liées notamment au manque d’infrastructures adéquates.

C’est avec beaucoup de peine qu’on constate que même à l’heure actuelle, dans plusieurs localités du pays, les salles de classe sont plutôt des hangars de claie en paille livrés piteusement aux affres et aux supplices des intempéries. Cela est une infamie nationale ! Il s’agit bel et bien d’un drame humain tout simplement, parce que, après près de soixante ans d’indépendance, l’État togolais s’est trop souvent trompé d’objectifs et de priorités. Il est tout à fait inadmissible de parler constamment de développement pendant toutes ces trois dernières décennies et que le système éducatif dans tout son ensemble soit comme relégué paradoxalement au dernier plan. Et quand je parle de système éducatif, je fais allusion au programme scolaire, aux infrastructures et au personnel enseignant dont les conditions de vie et de travail restent une préoccupation évidente aux yeux de toute personne véritablement engagée pour une véritable indépendance de son peuple vis-à-vis du néocolonialisme sous toutes ses formes. Le défi reste presqu’entier et il nous incombe de le relever avec dignité et honneur…

Les années passées au CEG de Bè-Kpota m’ont permis de prendre conscience de l’enjeu des études. Auparavant, on donnait vraiment l’impression d’aller à l’école parce que les parents le voulaient et tout le plaisir paraissait leur être destiné. Je suis resté dans les enfantillages parallèlement aux cours ; le football et les parties de vidéoclub remplissaient mes heures libres comme c’était le cas de beaucoup de camarades également. Il n’existait pas, et comme de même pour aujourd’hui d’ailleurs, des centres ou des maisons de jeunes avec des équipements adéquats ayant pour objectif de contenir les besoins socio-éducatifs et d’assurer l’épanouissement intégral de la jeunesse.

Nous étions malheureusement laissés à nous-mêmes et beaucoup se sont engouffrés dans des expériences de non-retour.

Je crois qu’il appartient à l’État de jouer ce rôle de canalisation de la jeunesse en mettant à sa disposition des infrastructures de base appropriées à ses besoins d’épanouissement. L’inexistence de telles infrastructures ainsi que d’un programme idoine à cet effet, expose inéluctablement les jeunes aux dangers de la déperdition qui aboutit généralement à la délinquance juvénile et à ses corollaires.

Nos quartiers tels qu’ils étaient et fonctionnaient ne nous prédisposaient à rien de bon ! C’est pourquoi rares sont les camarades qui ont pu sortir la tête du lot. Nos chances de devenir des hommes et des femmes utiles pour notre pays n’étaient pas optimales et il nous était plutôt plus facile de sombrer dans la déperdition scolaire ou carrément dans le banditisme et même dans la criminalité. Tout y prédisposait en tout cas chacun d’entre nous.

Mais je crois qu’en l’absence de l’État qui devait prendre des mesures pour nous, Dieu a organisé savamment les événements et les circonstances pour nous préserver du mal. Cependant, de mon côté personnellement, j’y ai laissé quelques plumes… je redoublai au grand dam de tous la classe de 4e. C’est à partir de cet échec, le premier et le seul dans mon parcours scolaire, que ma prise de conscience véritable de l’importance des études est née.

Je me rendis compte en ce moment-là que je n’étais pas fait pour traîner les pas. Nous étions dans l’année scolaire 1998-1999. Notre génération venait également de vivre consciemment pour la première fois des élections présidentielles de 1998 qui renforcèrent une fois de plus le pouvoir du Général Gnassingbé Éyadéma au détriment des forces incarnées par Gilchrist Olympio.

Nous avons vu passer les liesses populaires, les grandes mobilisations portant le flambeau d’un espoir vainement attendu face à l’enracinement décisif d’un système tyrannique et aux pratiques dégradantes et rétrogrades.

Il est vrai qu’on entendait parler du RPT et de son « invincible » chef, des autres partis politiques incarnés par des noms comme Edem Kodjo, Me Yaovi Agboyibo, Léopold Gnininvi, Zarifou Ayéva, Me Joseph Kokou Koffigoh, etc., mais il ne nous venait pas encore clairement à l’esprit que le débat politique pouvait devenir aussi une affaire de génération, de devoir de liberté et de vérité.

Comme bon nombre de ma génération, les événements politiques de l’année 98 sont vécus comme un éveil de conscience et un appel ainsi qu’une fascination.

Il nous arrivait même en ce temps-là de nous attribuer des noms d’hommes politiques et nous nous amusions à nous dire que nous pouvions venir à bout du régime en place.

Beaucoup de mes anciens camarades peuvent aujourd’hui témoigner que, personnellement, je révélais déjà mon goût prononcé pour la politique et surtout pour apporter des solutions à nos problèmes depuis cette année-là. Je me souviens ici de tous mes anciens camarades très proches comme Amouzou Nélou, Kpotor Afantchao, Quenum Kodjo, Binkagni Abdoul Ganiou, Togné Messan, Dam Pligou, Kpotoli Kodjo, etc., avec qui ces premiers moments d’éveil de conscience se sont opérés. Je n’oublie pas nos débats politiques sous les arbres pendant les récréations, qu’il s’agisse de l’actualité politique togolaise ou internationale. Les radios Africa N°1 et RFI étaient pour nous des références et nos idées du débat politique se forgeaient ainsi.

C’était alors le temps des premiers rêves et l’époque des premières révélations… J’avais compris que seul le travail bien fait, l’assiduité et l’abnégation pouvaient permettre d’ouvrir devant nous de grandes portes, celles d’un avenir meilleur rempli de grandes responsabilités…

Quand je montai en classe de 3e, c’était désormais en jeune homme averti et déterminé ! J’étais bel et bien l’un des meilleurs élèves et réussis brillamment au BEPC avec une moyenne de près de 16 sur 20. C’était vraiment le réveil et je pouvais croire à partir de ce moment-là en mon étoile patronale.

Cette étape franchie, je voulus d’abord, au regard des moyens très limités, m’orienter vers les séries techniques en vue trouver tôt quelque chose à faire. Je pensai à la série F4 après les conseils de la part de certains aînés de quartier. Je crois que c’est cela aussi un autre problème de notre système éducatif : la question d’orientation scolaire. Il existe là également un réel vide, un vrai trou noir dans lequel s’engouffrent quelquefois de façon irrécupérable beaucoup d’élèves et d’étudiants. Ceux-ci sont toujours pour la plupart des cas abandonnés à eux-mêmes sans conseils ni accompagnements réels et adéquats. J’ai aussi pratiquement été avalé par ce même monstre, tueur de destin et briseur d’avenir.

Après être allé au lycée technique d’Adidogomé pour les renseignements possibles, en vue d’une inscription, j’eus un entretien avec mon père qui voyait plutôt en moi des prédispositions pour réussir dans le domaine des lettres. Mais moi j’étais déjà confus et me trouvais capable de réussir finalement dans tous les domaines, ce qui était apparemment vrai.

Je me résolus alors à m’inscrire en Seconde série A4 au lycée de Lomé-Port, mais, pour défaut de place disponible, je fus obligé d’aller en série CD, puisque, de toute façon j’avais bien sûr obtenu de très excellentes notes dans les matières scientifiques au BEPC. Je ne puis donc plus aller à Adidogomé. Il faut dire qu’en un moment donné, j’y étais de toute façon obligé par faute de moyens pour les frais de loyer au cas où je devais aller au lycée technique. Le choix était donc dicté par les circonstances et peut-être le plan de Dieu était-il comme cela en marche.

Je m’inscrivis et commençai cette rentrée scolaire 2000-2001 avec enthousiasme et optimisme. C’était un nouveau monde qui s’ouvrait à moi et certainement à plusieurs autres camarades. Nous étions désormais conscients et savions bien ce que nous cherchions et là où nous voulions aller. J’étais devenu lycéen !

Au lycée de Lomé-Port, je ne fis que le premier semestre en série CD… Je réalisai que mes talents de littéraire prenaient le pas sur les autres. Après les compositions du premier semestre, je demandai dans une lettre adressée au censeur, M. Eyessi, une réorientation pour revenir en série A4. L’option n’était pas évidente, parce que nous ne faisions pas l’allemand en série CD alors que ce cours avait déjà été dispensé pendant tout un semestre en série A4.

Je me rappelle encore ce moment-là comme si c’était hier… En effet, je dus avoir la caution morale que l’un de mes enseignants apporta. Il s’agissait de Monsieur Jules Kokouvi Logo, le frère cadet d’Hilaire Dossouvi Logo, l’un des hommes-symboles de l’avènement de la démocratie dans notre pays. En fait, les Logo sont originaires de la même localité que moi, ils sont d’ailleurs des oncles, à la fois paternels que maternels. C’est ainsi que Monsieur Jules Logo, enseignant de français de son état et en poste alors au lycée de Lomé-Port, me prit en charge et marqua pour toujours et très grandement l’homme que je suis devenu. Cet homme-là m’a fait !

Quand j’obtins de revenir en seconde A4, il était l’enseignant chargé du cours de français… Avec lui, c’était une alchimie ! Les séances de cours avec lui étaient pour moi les plus enthousiastes, car il avait l’art d’enseigner et le savoir à transmettre. Grâce à ses cours sur la littérature française, notamment le siècle des lumières et ses auteurs à l’instar de Montesquieu, Rousseau, d’Alembert, Voltaire, je commençai par découvrir et à être fasciné par les idées de liberté, de justice, de loi, de démocratie, de gouvernement, de droits de l’homme, de révolution et de changement, de régime et de peuple, etc. De même, des noms prestigieux et des idées nobles me fascinèrent dans la littérature africaine : Léopold Sédar Senghor, Aimé Césaire, David Diop, Franz Fanon, Wolé Soyinka, bref le fameux mouvement de la Négritude et ses valeurs ainsi que les idées d’indépendance, de dignité des Africains, d’égalité entre les races, etc. C’était fait : j’avais trouvé mon chemin de Damas !

Très vite, je me fis remarquer à l’occasion des séances de déclamation de poèmes, instituées par Monsieur Logo, généralement dix minutes avant la fin de ses heures. Je passai comme la figure marquante lors de ces moments de partage, d’apprentissage et de fierté. Beaucoup de poèmes que j’ai publiés en 2002 dans Offenses sont nés au cours de ces séances. Je me rappelle que ce recueil ne fut jamais divulgué pour la simple raison que le proviseur d’alors, Monsieur Karim Barboza, y vit des écrits tendancieux contre le régime en place et plus gravement contre le Général Éyadéma. J’étais alors en classe de Première. Monsieur Logo fut accusé d’avoir aidé à écrire de tels textes. Je fus sommé de ramener tous les exemplaires encore auprès de l’imprimeur, et le proviseur garda tout le lot. C’était ce que je devais faire avant de retirer ma carte d’élève pour aller cette année-là à l’Examen du Probatoire.

Déjà élève, je venais de faire l’incompréhensible et redoutable expérience de la censure. Je n’avais jamais imaginé que des poèmes dans lesquels je parlais de liberté du peuple, de démocratie, de la nécessité de mettre fin à la dictature ou encore d’oser nommer naïvement l’alternance au pouvoir, pouvaient représenter un danger pour l’enfant, le jeune lycéen que j’étais. Je ne compris pas grand-chose, mais Monsieur Karim Barboza était clair et sans ambages dans ses avertissements le jour où il fit irruption dans notre salle de classe et vociféra : « Est-ce que l’élève Gnagnon Kossi est présent ? Tu veux bien m’apporter tous les exemplaires de ce fameux bouquin ? Tu te crois où toi là ? Tu veux nous créer des ennuis ici ? Mais dis donc, ils vont t’écraser comme une mouche ! Apporte-moi tous les exemplaires demain à la première heure ! Compris ? » Il régna à ces paroles un silence de cimetière dans la salle. Des bourdonnements absurdes s’arborèrent après qu’il fut parti, et je vis sa haute silhouette défiler derrière les claustras comme Colosse lui-même. Je compris que je venais de commettre une bourde ! Mon cœur battait la chamade… et je commençai par douter de moi-même, de cette liberté d’écrire, et d’écrire sur la liberté ; je remis mes rêves en cause, plus de possibilité d’écrire des poèmes pour s’amuser ou pour rire entre camarades. Et s’il fallait continuer à écrire forcément, il fallait le faire à la manière de Pierre de Ronsard et non comme David Diop, ni comme Léon-Gontran Damas ou encore comme l’Incarcéré de Yves-Emmanuel Dogbé, un roman que je savourais aussi en ce moment-là.

De ces événements très révélateurs, je commençais à réaliser que je vivais dans un pays qui avait sûrement des difficultés à résoudre. Pour moi désormais, il y avait des choses à restaurer ! Ce que je lisais dans les livres étaient différents de ce que je vivais dans la réalité : cela allait vraiment de soi.

Des idées de liberté et de démocratie, même si elles n’avaient pas encore pris clairement forme en moi, commencèrent à germer. Mon militantisme était né !

Avec des amis et des camarades, nous fondâmes le Journal Senghor, une première dans la vie de ce jeune lycée, consacré fondamentalement à la promotion de la poésie et à la diffusion de l’actualité sur la vie au sein du lycée. Je devins le directeur de publication, ce qui était une grande fierté.

Je commençai également à militer au sein des associations comme Amnesty International Togo, Association Togolaise pour le Bien-être Familial, pour ne citer que ceux-là. Je devins un « homme public » au sein du lycée ! Nous étions alors ceux-là qui passaient de salle en salle pour passer les communiqués de réunion, pour rappeler les dates et les programmes des évènements. C’était bien évidemment l’entrainement à l’action publique qui était ainsi inauguré, et cela s’est poursuivi sur plusieurs années.

Des enseignants aussi engagés pour la chose sociale étaient sur notre chemin.

Basile Agboh, enseignant et journaliste, directeur de publication du Journal Akéklé (Scorpion) me découvrit quand j’étais en classe de Terminale et m’initia au journalisme professionnel sur le tas. Je devins plus tard membre du comité de rédaction puis secrétaire de rédaction de son journal dans les années suivantes.

Je me souviens de Joël Messan Gavo, enseignant de mathématiques mais aussi très engagé pour la promotion de l’éducation. Il fonda le magazine Lumière de l’Éducation dont je fus chef reporter et fis plusieurs expériences en parcourant les établissements scolaires de Lomé pour faire la promotion des différents numéros ou pour aller couvrir des événements culturels.

Quant à mon engagement dans Amnesty International, il faut dire que mon désir de voir la justice s’appliquer, en fut le moteur. Monsieur Léonard Attoh, enseignant d’histoire, facilita notre adhésion à cette grande organisation. Les participations aux sessions et aux multiples activités ont contribué à bâtir le socle de notre engagement pour le respect des droits de l’Homme et de la justice.

Je crois que c’est véritablement au cours de ces années d’intense apprentissage que mon goût pour l’action politique s’est aiguisé et que mon sens du devoir citoyen s’est éclairci.

En 2004, je réussis brillamment au baccalauréat série A4, philosophie et lettres. Ma fierté et celle des parents étaient grandes. Une longue étape venait d’être bouclée. Tout était désormais possible, comme nous le pensions alors. Un autre monde s’ouvrait alors au lycéen plein de rêves que j’étais.

Dr Jean Emmanuel Gnagnon, ‘’Demain Sera Meilleur’’ (Livre Inédit)

Emmanuel Vivien TOMI

Plume Libre et Referencetv.tg


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