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Afrique - Les convulsions démocratiques dans l’espace CEDEAO.

Afrique - Politique
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Le 06 Août 2020, le discours marquant les soixante (60) années d’indépendance de la Côte d’Ivoire a transformé Abidjan en épicentre d’un mouvement de contestations de la gauche Africaine, qui depuis des décennies compte sur une approche révolutionnaire pour faire évoluer la société Africaine.

Par Sena Alipui

Flattant continuellement l’égo des Africains, lorsqu’elle arrive aux affaires, elle se montre généralement plus inefficace que les régimes libéraux.

La question de l’alternance et des multiples mandats des chefs d’états Africains nous est présenté comme la cause première et principale de la mauvaise gouvernance et du mal vivre en Afrique avec en toile de fonds l’index pointé vers Paris et l’occident unique comme source de tous nos malheurs Cette approche simpliste, populiste et populaire nous tirera-t-elle d’affaire et nous conduira-t-elle à des solutions viables ?

Le libéral que je suis fondamentalement en doute. Pourquoi?

Dans plusieurs états de la sous-région , à défaut de se donner les moyens de régler une fois et pour de bon l’épineuse question des élections libres, transparentes et dont les résultats sont acceptés par toutes les parties, on préfère solutionner le problème en limitant les mandats à deux (2) avec une personnalisation du débat. Cette solution oriente le débat et les énergies sur les modalités de limitation du mandat et crée clivages , tensions et incertitudes dont la fraude électorale et les passages en force paraissent être les seules issues de secours pour la cible et ses proches. L’opposition aura beau crier à la fraude, bien souvent, elle ne se donne pas les moyens de prouver la fraude hors de tout doute en disposant des procès-verbaux et c’est par la rue ou une presse manipulée par le pouvoir et l’opposition que le reliquat de la question électorale est soldé, consolidant ainsi la bipolarisation de la vie politique.

À mon humble avis, l’alternance est un des symptômes de la vitalité de nos démocraties et n’est pas une fin en soi.
Le principe sacro-saint, intangible mais qui hélas n’intéresse pas grand monde reste la légitimité des institutions et des dirigeants de ces institutions. Légitimité qui passe par l’organisation d’élections libres, transparentes et dont les résultats sont acceptés par toutes les parties.

Lorsque le principe des élections véritablement libres est accepté, l’alternance en découle presqu’automatiquement sans incidents majeurs comme nous l’avons observé au Sénégal entre le libéral Abdoulaye Wade et le Président Macky Sall.

Un argument solide, régulièrement servi, est que les états membres de la CEDEAO ont signé un protocole limitant les mandats présidentiels à deux dans l’espace CEDEAO. Que vaut cette disposition dans une CEDEAO ou la souveraineté sous régionale se heurte continuellement à la souveraineté nationale? Nos états, en s’accrochant bec et ongles à la souveraineté nationale paralysent et affaiblissent l’institution sous régionale, la privant de moyens de coercition efficaces dans la résolution de crises sans compter la dépendance financière de l’institution au bon vouloir des états qui veulent bien honorer leurs engagements et aux bailleurs de fonds.
Les questions que nous sommes en train d’évoquer ici appellent un long développement que je ne ferai pas ici pour ne pas vous ennuyer.

Pour aller à l’essentiel, je me contenterai de dire que soixante (60) ans après nos indépendances, nos états ne sont pas viables, car hérités d’un découpage géographique qui n’ a , à aucun moment reçu l’onction populaire et donc souffre d’un déficit de légitimité.

La succession des coups de forces militaires, constitutionnels, électoraux et tous les changements de pouvoir opérés sans l’engagement et l’assentiment des peuples concernées ont crée des États qui pour se maintenir, faute de légitimité sont obligés de tolérer le régionalisme, la corruption et des arrangements qui ne profitent pas au plus grand nombre. Pour se dédouaner du manque de légitimité et de la mauvaise gouvernance politique, économique et sociale qui n’ont pas permis de faire de nos états des nations, les grandes puissances sont indexées à tort ou à raison. La solution qui consiste à personnaliser les problèmes et à trouver un coupable en occident aggrave la situation car elle nous déresponsabilise.

Si nous devions une fois de plus emprunter un raccourci pour régler nos problèmes de légitimité et de mauvaise gouvernance, l’approche que je propose est de transférer une bonne partie de la souveraineté de nos États à la CEDEAO.

Dans ma conception de l’Afrique de demain, la CEDEAO est un marché de 300 à 400 millions d’habitants dans laquelle les frontières sont purement et simplement abolies pour permettre une réunification des peuples séparés par notre histoire.

Les grands axes de nos politiques en matière de Défense, Diplomatie,
Développement, Démocratie, Démographie (5D), Santé, éducation et infrastructures sont définies par la CEDEAO et implémentées à un niveau local par les structures modifiées de nos états actuels qui seront moins bureaucratiques, de taille réduite, avec pouvoir de taxation limité ; finalement plus dans un rôle de régulation.

Je vois ce grand ensemble CEDEAO nouer un partenariat stratégique avec nos partenaires historiques et traditionnels au premier rang desquels se trouvent la France et les pays de l’Union Européenne avec qui nous formons un pôle dans lequel règne une coopération gagnant-gagnant. Je suis convaincu qu’on ne se développe pas contre quelqu’un et que le processus de développement dépend
avant tout de facteurs endogènes et que dans un monde globalisé où se forment de grands ensembles, pour rester compétitifs il est dans notre meilleur intérêt que ces partenaires stratégiques partagent une longue histoire avec nous et que nos intérêts soient convergents.

En conclusion, l’Afrique a perdu assez de temps avec cette approche conflictuelle , révolutionnaire qui passe par des manifestations de rues, des conflits, la désinformation organisée, l’invective, la dictature de la pensée unique, un processus d’évolution dont la première étape est la destruction de l’existant.

Dans notre histoire de ces 60 dernières années, il y a du bon et du moins bon que nous devons assumer sans faux fuyants.

Je plaide donc pour une libéralisation politique et économique de l’espace CEDEAO et un partenariat stratégique avec l’occident à l’échelle sous régionale puis continentale.

Pour revenir à la question de l’alternance, une surveillance électorale sérieuse est la meilleure garantie d’une alternance et non la limitation de mandat et une personnalisation du débat. Le plus important c’est que la légitimité devienne un principe intangible et que le choix des populations soit respecté. Les constitutions dans les quelles les populations ne sont impliquées qu’en aval du processus ont une forte probabilité d’être conflictuelles. Elles doivent être impliquées en amont par le biais d’une constituante et en aval par le biais d’un référendum pour conférer un caractère sacré et inviolable à nos constitutions. Nos états, en l’état battent de l’aile en dépit de l’aide publique au développement et de l’injection massif de capitaux de la diaspora , en raison d’un déficit de légitimité. Nous devons presser le pas en nous intégrant à l’échelle sous régionale , puis continentale tout maintenant et en renforçant nos liens avec nos partenaires historiques et traditionnels pour former un bloc Afrique- Europe solide, compétitif face aux blocs Amérique, Asie, et moyen orient, bloc dans lequel la prospérité est partagée en raison du libéralisme politique et économique accompagnés des filets sociaux financés à même les fruits de la prospérité. Ces changements structurels que je propose naturellement doivent s’accompagner d’un changement de mentalité pour enraciner la culture démocratique et celle de l’économie de marché.

Les convulsions démocratiques à Abidjan doivent être jugulées par l’organisation d’élections libres, transparentes et dont les résultats sont acceptés par toutes les parties de bonne foi, et ce pour préserver la stabilité sous régionale.

Pour la récession qui s’annonce, un recours à des politiques Keynésiennes est indispensable à court terme pour éviter un effondrement de nos économies, mais dès que la machine sera relancée et qu’un certain nombre de filets sociaux seront mis en place, il faudra revenir à des politiques essentiellement libérales pour
continuer à créer de la richesse, pouvoir financer ces filets sociaux et résorber le déficit public et l’inflation.

En cette période de la Covid-19 qui va nous plonger dans une récession, nous devons arrêter d’accuser l’Occident, arrêter de nous diviser pour des questions secondaires comme l’alternance et prendre et assumer nos responsabilités.

L’amélioration de la gouvernance est plus importante que les changements de gouvernement. Nous avons besoin de paix, de stabilité pour pouvoir opérer les changements structurels qui s’imposent à nos États, notamment une accélération de l’intégration sous régionale et une standardisation de la gouvernance
politique, économique et sociale à l’échelle de l’espace CEDEAO et ce pour éviter que la crise sanitaire et économique actuelle ne se transforme en crise sociale et politique qui pourrait déstabiliser durablement la sous-région et remettre en cause les perspectives prometteuses de l’espace CEDEAO.

Sena Alipui
Acteur politique
Acteur de la société civile
Togo.




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