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Togo - D’une armée instrumentalisée à une armée respectée. Comment y arriver ?

Togo - Politique
iciLome | | 2 Commentaires
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Au cours des 30 dernières années pendant lesquelles les Togolais ont essayé à plusieurs reprises de se débarrasser de la dictature qui les régente sous diverses faces depuis 1963, il y a une constante, un facteur persistant par lequel les observateurs expliquent les échecs répétés: l’alignement des forces armées togolaises sur le camp politique qui détient le pouvoir. 

Certains analystes expliquent cette situation par le fait que c’est l’armée qui est au pouvoir, donc il est redondant de parler de son soutien au pouvoir puisque c’est là une posture naturelle. D’autres pensent que l’armée n’est pas à proprement parler détentrice du pouvoir, mais qu’elle est plutôt le bras armé du parti au pouvoir; c’est dans ce sens qu’on parle de l’instrumentalisation des forces armées à des fins politiques. Selon que l’on opte pour l’une ou l’autre de ces explications, la solution au problème est différente. 

Si on pense que le premier cas de figure s’applique, c’est-à-dire que c’est l’armée qui est au pouvoir et donne des ordres aux civils qui dirigent, alors la sortie de crise permanente passe par une négociation directe entre les forces en lutte pour le changement avec cette armée et les acteurs civils qui exécutent ses décisions.
Si l’on pense que c’est le deuxième cas qui s’applique, c’est-à-dire que l’armée est plutôt utilisée par les civils qui détiennent le pouvoir ou qu’elle est "instrumentalisée" à des fins politiques, alors le début de solution serait de s’attaquer à cette instrumentalisation. 

L’instrumentalisation de l’armée, tout comme celle de toute institution, procède par une exploitation des vulnérabilités de l’institution dans son ensemble ou des vulnérabilités individuelles de ses principaux acteurs ou animateurs. Dans le cas du Togo, la vulnérabilité se situe au niveau matériel et dans la sécurité institutionnelle. 

La vulnérabilité matérielle qui concerne les conditions de vie des hommes et femmes des forces armées et de sécurité peut être résolue dans le cadre d’une amélioration des conditions de vie de tous les Togolais, civils et militaires. Du moment où les militaires togolais vivent en majorité au sein de la population civile, il est facile pour eux de bénéficier d’une prospérité collective même si les dirigeants maintiennent leurs soldes - ou salaires - à un niveau bas.
Quant à la vulnérabilité institutionnelle, sa résolution relève beaucoup plus d’une alternative formelle, une stratégie que devraient poser les forces en lutte pour le changement. Pourquoi ? Parce que cette vulnérabilité n’est que timidement abordée et reconnue par les intéressés, et surtout parce que le régime tient à ce qu’il y ait une omerta permanente sur la question, puisqu’il lui est alors plus facile de l’exploiter à des fins d’instrumentalisation. 

Cette vulnérabilité est principalement centrée sur un mythe créé de toutes pièces par les têtes pensantes du régime, mythe relayé et amplifié par une machine bien huilée de désinformation au sein des garnisons, des familles des forces armées et d’une frange de la population dont la proximité avec l’armée est connue. C’est un mythe fondé sur des informations selon lesquelles :
1) L’armée n’existerait pas si les opposants et leurs partisans arrivaient au pouvoir (scénario du pire) ; ou
2) Dans le meilleur des cas l’armée existerait, mais les hommes et femmes qui portent le treillis "vont souffrir".

Ce qui fait la puissance de ce mythe, c’est qu’il concerne tous les hommes et femmes en treillis, ce qui rend l’avenir des institutions militaires et sécuritaires et leurs acteurs incertain. Cela étant, empêcher l’instrumentalisation continue des forces armées revient pour ceux qui luttent pour le changement politique de proposer une alternative qui parle directement aux craintes créées et entretenues par le mythe en question. Pour se rendre compte de l’efficacité d’une telle approche, il suffit de jeter un coup d’œil à la situation qui a prévalu lors de la présidentielle de février 2020. 

Lorsque Faure Gnassingbé est sorti de ses gongs pendant la campagne présidentielle à Dapaong simplement parce que l’un de ses concurrents, Agbeyomé Kodjo, a "osé" aborder ou s’est prononcé sur l’avenir des forces armées, la réaction de Faure venait de sa crainte de ne plus pouvoir exploiter cette vulnérabilité institutionnelle de l’armée qu’il a toujours entretenue en sous-main, dans la droite ligne de son père. En s’estimant seul habilité à parler de ce sujet et en exprimant sa colère contre Agbeyomé, Faure venait de révéler sa propre vulnérabilité. Pour l’enfoncer davantage, il aurait fallu que tous les autres candidats en lice fassent exactement comme Agbeyomé pour montrer que cette vulnérabilité institutionnelle de l’armée n’en sera plus une en cas de changement, mais hélas ils ont donné priorité aux sujets puérils qui ne reflétaient pas leurs ambitions pour la nation, trop heureux qu’ils étaient de pouvoir (enfin) sillonner le pays.

C’est pourquoi 30 ans après le 5 octobre 1990, il est nécessaire pour les forces en lutte pour l’alternance de s’engouffrer dans cette vulnérabilité révélée du régime pour détruire le mythe sur lequel repose l’instrumentalisation des forces armées, et poser les bases de la transformation de nos forces armées d’une institution crainte, haïe et méprisée par un grand nombre des citoyens en une institution respectée par la nation toute entière. Cela révélera aux esprits réticents au changement que le camp de l’alternance est prêt à composer avec toutes les institutions dont il héritera, aussi claniques et tribalisées par la dictature soient-elles. Ce serait quelque chose de gagné pour le peuple. 

Mon mot de fin : Lorsque vous avez un mal, il y a trois postures que vous pouvez adopter. Soit vous ignorez ce mal et il vous ronge à petit feu jusqu’à vous détruire ; cela s’appelle l’inconscience. Soit vous attendez une intervention divine (un miracle) pour vous débarrasser du mal ; cela s’appelle la foi. Soit vous cherchez un traitement au mal ; cela s’appelle l’action. Que l’action guide les Togolais, car le choix de l’inconscience et l’attente de miracles ne sortiront pas le Togo de l’ornière.

A. Ben Yaya
New York, le 4 octobre 2020

L'AUTEUR
Ben Yaya
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 2   fantasmagoric | Lundi, 5 Octobre 2020  - 14:4
  Réponse à 1-fantasmagoric
  Erratum

"ou supposées le font" (...)
Merci!

 1   fantasmagoric | Lundi, 5 Octobre 2020  - 12:47
  Monsieur Ben Yaya,

Votre réflexion vaut qu'on s'y attarde. Malgré l'effort d'analyse sur les trois causes "d'inaction" de l'armée depuis trente ans, il y a un autre paramètre que vous ignorez.

Et si l'armée togolaise était intimement liée à la gestion publique? On se souvient qu'Eyadema convoquait des officiers supérieurs lors des réunions stratégiques, il les associait aux grandes décisions. Ceci n'est pas spécifique à notre pays, les systèmes tiers mondistes ou supposés le fonts: la Russie, la Chine... Au Togo, c'est d'autant plus nécessaire que l'Histoire tourmentée, une opposition manipulatrice prête à traverser les frontières poreuses, commande d'associer les gardiens de la République aux grandes orientations politiques.

Le jours où nous aurons des patriotes opposants oeuvrant sur le territoire national, votre analyse tiendra la route. Pour l'instant, c'est non!!!

Pensez-vous que le FBI, la CIA sont républicains quand les minorités sont molestées? Il y a même des États (USA) avec des élus qui font des tracasseries afin que ces citoyens de seconde zone ne votent. Une traite négrière déguisée.

Retenez une chose. Depuis 30 ans on fait semblant au Togo, et le pouvoir et une certaine opposition, les plus radicaux; ceux- là mêmes qui veulent tout renverser et refaire, 1960.

Merci quand même pour votre analyse même imparfaite!!


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